Ségur, PFAS, agriculture : l'année 2024 sera animée pour David Taupiac à l'Assemblée

David Taupiac est confronté depuis son élection en 2022 à un nouvel exercice, celui de la députation. L'ancien maire de Saint-Clar revient sur sa première année de mandat, et évoque les gros dossiers qui l'attendent en 2024.

A l'inverse de votre confrère gersois Jean-René Cazeneuve, vous démarrez dans la députation. Que retenez-vous de ce début de mandat de parlementaire?

Je retiens une situation très particulière à l'Assemblée nationale avec beaucoup de groupes politiques et un hémicycle qui n'a jamais été aussi divisé. Du coup, ça crée des débats, des discussions autour des propositions de lois qui sont un peu inédites. Les députés qui sont élus depuis plusieurs mandats disent que finalement cette législature n'a rien à voir avec les autres, elle offre des perspectives différentes. Là, on voit que sans majorité absolue, la majorité relative est obligée de s'appuyer sur des groupes d'opposition.

Pour vous, ancien maire d'un village, c'est particulier de démarrer un mandat de député sans majorité absolue à l'Assemblée?

C'est vrai que j'ai une culture d'élu local, où nous sommes amenés à travailler avec d'autres élus qui n'ont pas les mêmes convictions politiques, qui n'ont pas les mêmes projets que nous et quand on est élu local, on est obligé de travailler, de trouver des consensus sur des dossiers en faisant des compromis et je crois que ça m'aide beaucoup. A l'Assemblée, c'est un peu pareil. Donc je dirais que finalement, ce format me correspond assez bien. Même si sur la forme, les gesticulations, les outrances des uns et des autres m'interpellent, me choquent parfois et n’amènent pas à des débats apaisés. Et ça je le regrette fortement.

Vous aviez l'image d'un élu de terrain quand vous étiez maire de Saint-Clar, qui remue beaucoup dans l'ensemble de la Lomagne gersoise. Quand on devient député, c'est une cadence encore plus dure à suivre quand on s'attaque à toute une circonscription?

Le fait de vouloir agir de la même façon à l'échelle d'une circonscription, ça demande beaucoup plus de disponibilités, beaucoup plus de déplacements, beaucoup plus de travail, d'autant qu'il faut coordonner ce travail de terrain avec le travail à l'Assemblée. J'ai trouvé rapidement mon équilibre. Je passe trois jours par semaine à Paris, le reste du temps dans le Gers. Ça me tient à cœur de préserver cette proximité qui me permet d'avoir une bonne perception de la réalité du terrain, des préoccupations des gens puis d'essayer justement de porter leur parole, leur voix à l'Assemblée nationale. C'est un travail enthousiasmant mais très prenant.

Quels sont les gros dossiers que vous retenez depuis le début de votre quinquennat ?

La loi sur la réforme des retraites. Avec le groupe LIOT dont je fais partie, on avait travaillé en amont sur ce dossier, on a amené de nombreuses concertations, des auditions et on avait préparé une contre-proposition. S'opposer c'est bien, mais faire des propositions c'est mieux. Malheureusement, ce texte est passé par le 49.3 comme beaucoup de textes, notamment ceux budgétaires, et n'a pas pu être amendé comme on le souhaitait. On arrivait à l'étape ultime qui était la motion de censure, sur laquelle on a réussi à rassembler beaucoup d'élus et, à 9 voix près, on a failli faire basculer d'un côté le gouvernement et le projet de loi. C'était un beau combat. On a été un peu mis en lumière puisqu'on a réussi à jouer un rôle charnière au sein de l'hémicycle pour rassembler sur notre nom -le groupe LIOT- un maximum d'élus et être à quelques voix de faire basculer la décision en notre faveur. C'était un grand moment, un moment fort que je retiendrais sur l'année 2023.

L'utilisation « abusive » selon certains du 49:3 dégage une forme de frustration quand on ne fait pas partie de la majorité ?

C'est toujours frustrant d'arriver à faire passer des amendements dans l'hémicycle et qu'ils ne soient pas retenus dans le texte final suite au 49.3, conduisant parfois aussi à de la démobilisation pour beaucoup d'élus. Moi, je suis resté très mobilisé parce que les débats à l'Assemblée peuvent toujours améliorer les textes et des amendements peuvent être votés et retenus, donc j'ai bataillé jusqu'au bout. J'avais réussi à faire voter un amendement pour obtenir un rapport sur les oubliés du Ségur, ce qui me fait dire qu'il faut toujours se battre quand on est parlementaire, jamais baisser les bras.

On vient de passer à 2024, quels seront vos projets pour cette nouvelle année ?

J'ai trois engagements forts qui vont se déployer sur l'année 2024. Le premier, qui a déjà démarré en fin d'année 2023, il s'agit du pacte de la loi d'orientation pour l'avenir agricole. C'est un sujet sur lequel je suis référent au sein du groupe LIOT, donc j'ai déjà engagé des auditions en 2023 avec des syndicats au niveau départemental. Par la suite je vais travailler sur un sujet qui me tient à cœur, il s’agit des oubliés du Ségur. J'ai été pendant 14 ans président du conseil d’administration de l’établissement médico-social et je vais porter, suite au rapport qui a été rendu, une proposition de loi pour récupérer tous ces oubliés du Ségur qui travaillent dans nos établissements sociaux, médico-sociaux, qui n'ont pas été revalorisés. Mon troisième combat de l'année, qui sera plutôt sur le dernier trimestre, sera de rebondir sur la proposition de loi évoquée en 2023 sur les PFAS [polluants éternels perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, NDLR] qu'on retrouve dans de nombreux produits du quotidien et qui représentent un problème de santé pour l'Homme et notre environnement. C'est donc un sujet de santé publique et environnemental très important, qui commence à prendre de l'ampleur un peu partout dans le monde. Aux États-Unis, ils ont légiféré il y a quelques semaines, il est temps que la France se mobilise aussi sur ce sujet important pour notre avenir.

N.M