Gers : un père de famille russo-arménien ayant fui la guerre menacé d'expulsion : les parents d'élèves de l'école Guynemer d'Auch où sont scolarisés ces deux filles dénoncent une mesure "d'éloignement inhumaine"

12 juin 2026 - 19:00

Installée dans le Gers depuis 2023 après avoir fui la Russie, la famille Hovhannisyan vit sous la menace d'une séparation, en raison d'une procédure d'expulsion visant Artak, papa de deux fillettes scolarisées à Auch. Après plusieurs jours passés en centre de rétention, le père de famille a été remis en liberté, mais le risque d'un éloignement reste bien réel. Parents d'élèves et associations se mobilisent pour défendre cette famille. 

La famille Hovhannisyan vit depuis plusieurs jours dans une profonde angoisse : celle d'être séparée du jour au lendemain. Alina et Artak, ainsi que leurs deux enfants, Ani (10 ans, en CM1) et Tatev (7 ans, en CE1), sont installés à Auch depuis 2023 après avoir fui la Russie à la suite de la mobilisation d'Artak dans le cadre de la guerre en Ukraine. Ils espéraient obtenir le statut de réfugiés. En vain. Leur demande a été rejetée et la famille a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF) en 2024. Sans logement ni assistance, la famille a pu être relogée grâce au soutien d'une association membre de la CCM32 (Coordination des collectifs de migrant·e·s du Gers) et d'un collectif de parents d'élèves de l'école Guynemer créé à cette occasion. Plusieurs recours ont été engagés pour faire annuler l'OQTF, mais ils ont tous été rejetés. 

Une famille "assignée à résidence"

Dans le cadre de la mesure d'OQTF, la famille est contrainte de se présenter régulièrement au commissariat. Mais, il y a quelques jours, Artak, convoqué comme à l'accoutumée, n'est pas ressorti libre du commissariat. Il a été conduit seul au centre de rétention administrative de Cornebarrieu en vue d'un renvoi vers l'Arménie, laissant sa femme et ses deux enfants à Auch.

Artak a finalement échappé à cette expulsion après sa comparution devant le juge des libertés et de la détention, le dimanche 31 mai. Après quatre jours passés au centre de rétention, il a été remis en liberté. Pour autant, le risque d'une expulsion vers l'Arménie « reste encore grand ». Un pays que la famille a pourtant quitté depuis de nombreuses années. « On sait, cela a été dit à l'audience, qu'un autre vol à destination de l'Arménie est prévu le 15 juin. Si le père est expulsé vers l'Arménie, nous serions face à un cas inacceptable de séparation familiale. D'autant plus que la famille n'a plus aucun attachement dans ce pays. Tous ses proches ont quitté l'Arménie dans les années 2000. Parents, grands-parents et oncles ont immigré vers la Russie à cette période », précise Daniel Moune, référent du dossier pour la CCM 32.

Une famille intégrée localement

Dans son combat, la famille peut compter sur le soutien de la Coordination des collectifs migration gersois (CCM 32). Elle est également épaulée par des parents d'élèves de l'école Guynemer. Un collectif s'est constitué pour la soutenir, préoccupé par sa situation. « Séparer brutalement Ani et Tatev de leur père, sans délai ni perspective, est une décision que la communauté scolaire ne peut accepter. Ces enfants, nés en Russie, doivent continuer à grandir auprès de leurs parents et de leurs camarades dans le seul pays qu'ils connaissent désormais : la France », explique Isabelle Barèges, parent d'élève et représentante du collectif de soutien des parents d'élèves de l'école Guynemer.

Une situation d'autant plus incompréhensible pour les parents d'élèves qu'il s'agit, selon eux, d'une famille parfaitement intégrée à la vie de l'école et sans histoire. « Depuis plus de deux ans et demi, la famille participe à la vie de l'école et à ses événements, avec la volonté de s'intégrer et de créer du lien malgré une situation précaire. Cette volonté fait aujourd'hui d'eux une famille appréciée et soutenue par de nombreuses personnes de la communauté scolaire », poursuit-elle.

Un contexte de fragilité et d'incertitude particulièrement difficile à vivre pour la famille, aujourd'hui assignée à résidence. Celle-ci doit également faire face aux problèmes de santé de sa fille aînée de 10 ans, qui nécessite un suivi médical et pourrait devoir subir une intervention chirurgicale.

Aline, la maman témoigne : 

Le père de famille, menacé d'expulsion et qui exerçait comme artisan en Russie, se dit par ailleurs « impatient de travailler ». En attendant, il apporte son bénévolat dans plusieurs associations caritatives du département.

Les parents d'élèves et la CCM32 appellent aujourd'hui la préfecture du Gers à réexaminer sans délai le dossier afin d'éviter une séparation brutale de cette famille. 

E.R

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