Malgré leurs efforts, ils ne parviennent pas à recruter. A la maison de santé de Vic-Fezensac, les cinq médecins généralistes tirent la sonnette d'alarme face aux difficultés de recrutement rencontrées ces dernières années. D'autant qu'en mars dernier, un praticien est parti à la retraite. En sept ans, la maison de santé a enregistré 4 départs de médecin pour 1 arrivée seulement. L'un des médecins généralistes, Alain Zadro, tire la sonnette d'alarme.
La situation ne s'arrange pas dans le Gers selon vos propos...
On va tout simplement vers une catastrophe annoncée. Il y a déjà une médecine à deux vitesses, bientôt on aura la vitesse « zéro », donc aucun médecin.
Vous partez bientôt à la retraite. Ca ne va pas arranger les choses.
Dans deux ans. Je travaille depuis 35 ans, j'aurais pu la prendre l'an dernier mais j'ai décidé de faire trois ans de plus. Je n'irai pas plus loin, j'ai 63 ans. Le collègue parti en mars a 69 ans. On l'a convaincu d'arrêter à cause de la Covid-19, c'est une personne à risque. Une quarantaine de médecins généralistes sont déjà mortes des suites de l'épidémie.
Qui inciminer dans le fléau de la désertification médicale ?
Pendant des années des énarques ont souhaité réduire le nombre de généralistes pour faire des économies de santé. Ils ont fait les mêmes choses pour les centres hospitaliers avec des fermetures de lits. Le problème, c'est que la population vieillit. S'il ne faut pas qu'on les soigne, qu'on nous le dise. Les généralistes sont très peu à s'installer en libéral, beaucoup prennent des vacations. Et puis il y a une féminisation de la profession et dans le Gers, si une femme vient et que son mari n'est pas médecin, il va faire quoi ? Il n'y a pas de boulot. Il trouvent souvent dans les grosses villes.
Elles préfèrent partir ailleurs ?
Dans chaque promotion, il y a 70% de femmes car elles réussissent mieux les examens. Et quand elles ont fini de se former, elles fondent une famille. Travailler en campagne, c'est des journées de 12 heures et elles ne peuvent pas tout assurer. Elles préfèrent les maisons de retraite que d'être médecin libéral, et ça s'entend.
Des efforts ont pourtant été faits pour les attirer ?
Il y a un lobbying de nos syndicats malgré les propositions des sénateurs. On nous demande de faire des propositions pour rendre la profession attractive. Le constat aujourd'hui c'est c'est que quand il s’installent, ils ont des primes à leur arrivée dans des zones rurales. Ils ne payent pas d’impôts pendant quelques années. Dès qu'ils ont les primes, ils repartent. Donc les méthodes incitatives n'ont pas porté leurs fruits. Le numerus clausus a été libéré mais ça ne commence que cette année. Donc on aura en 2032 davantage de médecins. Là, c'est 10 ans d'enfer à venir.
Le problème concerne les autres maisons de santé gersoises ?
Riscle, Nogaro, Auch. C'est partout pareil on est en perte de solution. Si on ne recrute pas trois médecins ici rapidement, ceux qui vont rester ne tiendront pas. Ils vont travailler pour payer des charges, ce n'est pas viable. Sans compter les agressions.
Les agressions ?
Avec la covid, on a découvert un cluster à Vic dans le cadre d'un anniversaire privé où 50 personnes s'y sont rendues. La secrétaire a reçu beaucoup d'appels pour demander des rendez-vous d'urgence tout en traitant d'autres cas un peu plus classiques, faisant face à l'impatience des patients. Il y a des limites.
Propos recueillis par N.M