À l'heure où la 31e édition de Tempo Latino s'ouvre ce jeudi soir à Vic-Fezensac, son fondateur Éric Duffau, regarde le chemin parcouru avec fierté, sans éluder les difficultés. Transmission, engagement des bénévoles, tensions financières, concurrence entre festivals, mais aussi passion intacte pour dénicher les artistes de demain : celui qui a créé l'événement en 1994 continue de défendre, avec la même conviction, l'esprit qui fait de Tempo Latino une référence européenne.
Trente et une éditions plus tard, la flamme est toujours là. Pour Éric Duffau, la recette de la longévité tient en quelques mots : « la persévérance pour durer ». « C'est parfois pénible parce qu'il faut sans cesse insister, convaincre, surprendre les autres, transmettre sa conviction aux artistes comme au public », confie le fondateur du festival. Une énergie de tous les instants qui a permis au festival gascon de s'imposer comme un rendez-vous incontournable des musiques latines.
Cette fidélité se retrouve aussi chez les festivaliers. La transmission est devenue naturelle. « Il y en a qui ont commencé à venir très jeunes à Tempo. Aujourd'hui, ils sont parents et ils transmettent cette passion à leurs enfants. Ça se fait de long en large, en travers, par le bouche-à-oreille. » Même constat pour les bénévoles : « Nous n'avons jamais eu besoin de faire d'appel pour en recruter. Tout fonctionne en circuit court. »
Derrière le succès populaire, l'équilibre financier reste fragile. « La plus grosse difficulté, c'est d'avoir la trésorerie d'avance pour engager les artistes. Nous n'avons jamais eu de grosses marges et, depuis cinq ou six ans, c'est devenu très compliqué. »
À cela s'ajoute la multiplication de manifestations organisées aux mêmes dates que Tempo Latino. Une situation qui agace profondément Éric Duffau. « Plusieurs événements se chevauchent désormais sur nos dates emblématiques. Est-ce de la malveillance ? Je ne sais pas… En tout cas, c'est idiot. »
Le fondateur du festival regrette aussi le manque de dialogue avec certains décideurs. « On a essayé de se mettre autour d'une table avec les élus. Certains sont plus sensibles que d'autres. Quand on parle sans cesse du vivre-ensemble, la première chose, c'est le respect. Les valeurs, il faut les appliquer. » Il poursuit : « Il y a quelques soutiens, mais ce n'est pas suffisant. On parle d'argent public. Le clientélisme n'a pas sa place dans son utilisation. Moi, je n'ai pas créé ce festival pour faire carrière. »
Depuis l'origine, Tempo Latino revendique une ligne artistique singulière : faire découvrir des talents avant qu'ils ne deviennent des têtes d'affiche. « L'objectif a toujours été de donner de la visibilité à des artistes peu connus en France, d'éveiller la curiosité avec des musiciens qui ne se produisent pas ailleurs. Aujourd'hui, beaucoup demandent à venir jouer à Tempo Latino. À nous de les faire reconnaître. Ils ne font pas forcément de télévision, mais nous faisons tout le reste. » Cette philosophie est devenue la marque de fabrique du festival.
S'il devait encore réaliser un rêve, Éric Duffau ne réfléchit pas longtemps. Carlos Santana. « Je l'écoute depuis l'âge de 13 ans. Je l'ai rencontré à Pause Guitare. J'étais comme un gamin devant un sapin de Noël. Il a été attentif à ce que je lui disais et m'a répondu qu'il serait partant pour venir, en me demandant de voir avec son agent. »
Mais le rêve se heurte à la réalité économique. « Nous n'aurons jamais les moyens. Avec 7 500 places, même à guichets fermés, ce n'est pas possible. Il en faudrait au moins 10 000. »
La 31e édition de Tempo Latino se déroule de jeudi à dimanche à Vic-Fezensac, entre la Tempo Arena, le Cap Tempo, La Conga et plusieurs scènes du festival.
Jeudi : ouverture avec le Tempo Social Club, DJ sets de Çarava et La Furiosa, ainsi que le concert de La Yegros à La Conga.
Vendredi : à la Tempo Arena, Maïté Hontelé y La Novia puis Orquesta Akokán. Le festival Off accueille notamment Chicos y Mendez, Pixvae et Aguanomas.
Samedi : place à Matt Bianco et Rogê sur la grande scène, avec de nombreux concerts gratuits dans le Off, dont Chicharron, Pixvae et Aguanomas.
Dimanche : clôture avec Alfredo Rodriguez et Tony Succar à la Tempo Arena, Yilian Cañizares à l'église, ainsi que Super Panela, Pixvae et Chicharron dans le Off.
N.M
CP/DR