Rachat du château de Castelmore : "D'Artagnan n'était ni de gauche, ni de droite"

16 janvier 2024 - 17:28
Le PDG d'Auchan-Retail et la communauté de communes d'Artagnan en Fezensac se disputent le rachat du château de d'Artagnan, à Lupiac dans le Gers. Le dossier est actuellement entre les mains des commissaires du gouvernement.
 
Qui portera l'estocade dans l'épineux dossier du rachat du château de Castelmore? Ce site entouré de 150 hectares de terres agricoles qui aurait vu naître d'Artagnan, mousquetaire royal dont la renommée dépasse les frontières de la Gascogne, est au cœur des discussions, voire des crispations. Le dossier est aujourd'hui entre les mains des commissaires du gouvernement qui doivent valider -ou non- l'avis de la Safer du Gers. La société d'aménagement s'était prononcée le mois dernier en faveur du projet privé porté par Yves Claude. Adoubé en quelque sorte, mais pas encore vainqueur.
 
Un rassemblement pour maintenir l'espoir samedi
Le PDG d'Auchan-Retail bataille face à des élus du Gers bien décidés à ne pas laisser filer ce patrimoine historique aux mains du privé. Barbara Neto, Jean-René Cazeneuve ou encore Thibault Renaudin, pour ne citer qu'eux. Ce dernier, maire de Termes-d'Armagnac, s'est lancé dans la mêlée en proposant aux élus du Gers de se rassembler, ce samedi 19 janvier face à la statue de d'Artagnan à Lupiac, dès midi. « J'ai remarqué des élus peinés l'autre soir [soirée des vœux du préfet, vendredi 12 janvier 2024, NDLR] que le site bascule vers le privé. Il fallait faire quelque chose. »  
 
L'élu assure que de nombreux maires ont déjà répondu à son appel même s'il admet que les « chances sont minimes pour l'acquisition du site » ... « On le sait, mais on veut montrer que pour l'intérêt général, ce projet symbolise tellement pour notre département qu'on ne peut le laisser filer, ce château est connu dans le monde entier. Le symbole de d'Artagnan mérite mieux que de revenir au privé » martèle l'élu qui regrette « de voir les aigreurs planer entre élus du Gers sur ce dossier. Je pensais benoîtement que ce sujet pouvait faire consensus. D'Artagnan n'était ni de droite, ni de gauche. »
 
Michel Gabas "très dubitatif"
Depuis l'annonce de ce rassemblement, plusieurs élus du Gers n'ont pas tardé à se prononcer contre. « Il n'est pas question que je m'y rende et je l'ai fait savoir » raconte Michel Gabas, maire d'Eauze qui opterait pour un consensus privé-public. « Les collectivités n'ont pas les moyens d'investir autant et d'exploiter pleinement ce site. On est tous en train de serrer la ceinture sur la question des finances, alors priorisons nos investissements. Ce rachat, c'est une fausse bonne idée. On peut exploiter l'image de d'Artagnan sans pour autant s'engager dans un projet qu'on ne peut pas porter. »  
 
L'enveloppe financière du projet porté par les collectivités avoisinerait les 12 millions d'euros. L'élu reste aussi « très dubitatif » sur les chiffres de fréquentation espérés sur un an. « On nous parle de 100 000 visiteurs. Même si on avait vraiment ces chiffres – je n'y crois pas- est-ce qu'on aurait les infrastructures routières et hôtelières pour s'en occuper ? La voix de la raison, c'est Yves Claude et il faut espérer un compromis avec lui ». Le PDG aurait donné son accord pour ouvrir le site 80 jours par an aux visiteurs.
 
Dans le Gers, d'autres élus se sont montrés plus « prudents » sur ce dossier. « Dans notre État de droit, la délibération de la Safer32 à propos de Castelmore doit être respectée » affirme le sénateur Franck Montaugé, qui s'est fendu d'un tweet sur le réseau social X. « La délibération de la SAFER32, certes surprenante, doit être respectée par les collectivités et leurs représentants. Aussi, je ne m’associerai à aucune pression collective sur un organisme d’appréciation des projets. » a martelé pour sa part le président du conseil départemental du Gers, Philippe Dupouy.
Dans ce duel, le nom du vainqueur pourrait être connu d'ici mardi prochain. 
 
N.M

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