Nouveau point de passage privilégié par les jeunes sportifs français, le système universitaire américain accueillera plusieurs Gersois à l'automne prochain. Justine Loubens, basketteuse originaire de l'Isle-Jourdain a fait le choix de poursuivre sa carrière sur le campus de l'université de Caroline du Sud, alors que l'athlète auscitain Bastien Cadeot prendra la direction da la Floride après un an passé au Nouveau-Mexique.
Sorti en salle il y a quelques mois, Le Rêve américain contait l'histoire de deux agents de joueurs dont l'exil réussi chez l'Oncle Sam offrait à de jeunes basketteurs français l'occasion de tenter leur chance au pays de la balle orange. Parmi eux – dans le récit – Willy Rosier – incarné par Kyliann Gousset, joueur du Auch Basket Club dans la vraie vie – rêvant de rejoindre la NBA. Pour une autre Gersoise, le départ outre-Atlantique va véritablement prendre vie ces prochaines semaines au sein d'une université de premier plan, dont la visite avait déjà des atours « de rêve américain, comme dans les films ». Justine Loubens, 19 ans, va en effet intégrer le roster, ou l'équipe, de l'université de Caroline du Sud, formation de haut-vol du prestigieux circuit universitaire. A 25 ans, Bastien Cadeot a de son côté un peu plus de bouteille dans le monde professionnel moins vendeur de l'athlétisme. L'an dernier, il avait fait le grand saut, quittant son camp d'entrainement de Talence pour le New Mexico Junior College (NMJC), perché à plus de 1000 mètres d'altitude dans la petite ville d'Hobbs, frontalière du Texas. Un campus comme « un petite village très familial » où l'Auscitain a construit sa première saison au-delà des 8 mètres au saut en longueur.
Des conditions d'entrainement quasiment introuvables en France
Un béotien du basket pourrait s'interroger sur le choix de quitter la métropole et un statut de titulaire dans une équipe de La Boulangère Wonderligue (La Roche-sur-Yon en l'occurrence) pour rejoindre une équipe de faculté, qui plus est celle du vingt-troisième état de l'Union. Ce serait méconnaitre l'ampleur du phénomène sportif universitaire, véritable antichambre de la WNBA, dont les infrastructures n'ont guère d'équivalent en France en dehors de l'INSEP et qui promet en bout de course une carotte salutaire en vue de l'après-carrière : « j'arriverai à la fin à sortir avec un diplôme » résume la future Gamecock (le surnom des athlètes de l'université) qui s'était essayée avec une réussite relative au double cursus en France.
Pour de plus en plus de jeunes sportifs français, l'offre américaine apparaît en fait comme un pari gagnant-gagnant sans réelle pression contractuelle, dans un environnement pensé pour la performance et qui ouvre même depuis quelques années droit à une compensation financière pour le droit à la publicité (NIL deal) alors que les finales du dernier championnat de basket féminin comptabilisaient près de dix millions de téléspectateurs sur le câble US. « Le sport en France ça prend énormément d'énergie, de temps, d'argent … pour peu de résultats et beaucoup de blessures » abonde Bastien Cadeot, régulièrement ralenti à son corps défendant depuis une participation aux championnats d'Europe U23 en 2021 par ce même corps outil de travail . « Là par exemple quand on a un pépin physique on peut aller chez le kiné en deux minutes de marche, il nous prend en charge directement et on n'a rien à débourser », explique le Gersois, qui pondère tout de même le constat en évoquant la qualité parfois aléatoire du suivi médical.
Des conditions d'entrainement qui demeurent particulièrement optimales, d'autant plus en prenant en compte le statut du NMJC, celui d'un junior college (ou Juco), sorte d'université de remise à niveau pour les étudiants nationaux ou internationaux au niveau scolaire insuffisant pour les Division 1, l'élite du circuit collegiate. « Ils privilégient beaucoup au début l'aspect scolaire, et moi par rapport au Bac et tout ça c'était pas génial. C'est pour ça que je suis allé en NJCA alors qu'au niveau sportif et de mes performances j'aurais pu viser les plus grosses des D1 » explique Bastien Cadeot, que rien n'empêche de sauter loin quand il est au bout du sautoir, Juco ou pas.
Avec Los Angeles 2028 en ligne de mire
C'est là l'avantage de l'athlétisme sur le basket, où évoluer aux côtés des meilleurs staffs et meilleures joueuses du circuit n'est pas donné à tous les prétendants, d'autant plus quand ils arrivent d'Europe. Pas de souci sur cet aspect pour Justine Loubens à South Carolina, où évolue déjà une autre prospect tricolore de tout premier plan, Alicia Tournebize. « Ca rassure de pouvoir avoir son point de vue et son expérience. Et aussi pour l'adaptation les premiers mois ». La fille de l'ex-internationale et mirandaise Loëtitia Moussard sait ce qui l'attend et s'apprête à découvrir un autre basket : « c'est beaucoup de jeu d'attaque, d'enchainement. C'est très physique » explique celle qui souhaite ensuite s'installer durablement en Euroligue. « Derrière cette décision il y a des objectifs, et en premier lieu les JO de 2028. Aller là-bas c'est progresser physiquement et baskettement parlant ».
Les Jeux Olympiques de Los Angeles, en terre américaine, patrie du basket et géant de l'athlétisme, un objectif évident pour Bastien Cadeot qui avait un temps hésité à mettre un terme à sa carrière. « En partant là-bas je me suis dit : soit tu passes la barre des 8m, soit t'arrêtes et tu fais comme tout le monde en trouvant un boulot ». Pari gagnant même si le sauteur en longueur a subi un coup d'arrêt le mois dernier lors d'un passage malencontreux sur une de ces nouvelles planches en plastique qui garnissent les stades, « de véritables patinoires », y laissant un muscle et quelques semaines de préparation estivale. Retour en métropole pour trois mois avec un nouveau bagage, l'Anglais LV2 : « quand je suis parti là-bas à part dire hello je ne savais rien dire, là j'arrive à tenir une conversation, même si l'accent texan est absolument atroce, c'est celui du fin fond de la country. Mais le cerveau se dit ''coco t'as pas le choix'' ».
Autres lieux, où adaptation et résilience sont les maitre-mots, autres mœurs aussi. « La mentalité américaine est beaucoup plus ouverte, moins aigrie. C'est la mentalité de la réussite, mais aussi de la douleur » témoigne l'Auscitain, pourtant habitué aux entrainements intenses mais qui a découvert à Hobbs un autre contrat social : « même si t'es blessé ou t'as un down, c'est pas grave, tu fonces ». En septembre, retour au pays du Manifest Destiny, dans un autre cadre, celui de l'université de Saint-Thomas à Miami, « toujours pour les cours, pour essayer d'avoir un diplôme que je n'ai pas eu en France. Et sur le côté sportif je vais avec un coach réputé qui a entrainé Fred Kerley : 9''76 au 100m et champion du monde en 2022 ». Work hard, play hard.
V.M